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Cartographie

La cartographie est un instrument de la géolinguistique, certes prêtant à discussion mais ayant aussi fait ses preuves : elle sert tout autant à la documentation qu'à la visualisation des relations spatiales (cf. les contributions dans Lameli 2010). Deux techniques traditionnelles de cartographie se distinguent nettement de par leur concision. Dans le cas de cartes 'analytiques', les énonciations linguistiques (partielles) sont rendues de telle façon que c'est la documentation qui est mise en relief, l'interprétation des relations spatiales devant, elle, être faite par l'utilisateur. Dans le cas de cartes 'synthétiques', les relations spatiales entre les phonèmes énoncés sont exprimées directement par la symbolisation. Les cartes quantitatives sont obligatoirement synthétiques. La cartographie en ligne propose une combinaison des deux procédures en présentant à première vue des cartes 'synthétiques', mais en offrant aussi l'accès aux énonciations (partielles) avec un clic sur le symbole.
Le potentiel heuristique de ce type de cartographie est considérable : on offre à l'utilisateur de VerbaAlpina l'option de combiner et cumuler des classes de données différentes, soit d'une seule catégorie (par ex. plusieurs types de base), soit de plusieurs catégories (par ex. des données linguistiques et extralinguistiques) au moyen des cartes synoptiques.

(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

Tags: Linguistique Page Web Contexte extralinguistique



Données complémentaires

Dans le cadre d'une approche inductive à l'espace culturel les données démographiques et institutionnelles sont intéressantes dès qu'elles se révèlent être géo-référenciables. A ce type de données appartiennent les informations concernant l'histoire de l'habitat, en particulier par rapport aux institutions ecclésiastiques ou étatiques. Les voies de communication aussi, en particulier les cols de montagne, sont extrêmement importantes (cf.). Les données écologiques et géophysiques sont importantes à partir du moment où elles sont en rapport avec l'histoire de l'habitat. Cela est le cas par exemple des zones de végétation, qui permettent ou exigent certaines utilisations (par ex. l'alpage suppose une altitude au-dessus de la limite de celle des forêts et des arbres).(http://www.slf.ch/forschung_entwicklung/gebirgsoekosystem/themen/baumgrenze/index_FR)

(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

Tags: Contexte extralinguistique



Ethnolinguistique

"On ne peut pas faire l'histoire des mots sans faire l'histoire des choses" (Jaberg 1936, 23).
Traditionnellement, en ce qui concerne la recherche en langues romanes, surtout en langue italienne, la dialectologie est depuis le début, c.-à-d. en Italie au moins depuis Giuseppe Pitré, très étroitement liée aux sciences sociales, plus précisément à la sociologie et à l'ethnologie. Dans cette perspective, toute la géo-linguistique peut être considérée comme matière partielle d'une 'ethnoscience' générique. Cette expression, utilisée ici comme traduction d'ita. etnoscienza (de l'eng. ethnoscience), ne s'est toutefois établie ni en Italie ni en Allemagne. Dans le très pertinent et très informatif Manuale di etnoscienzade Giorgio Raimondo Cardona (Cardona 1995) on peut lire les mots suivants:

"[...] il prefissoide etno- permette un'immediata 'etnologizzazione' di qualunque sottodisciplina [...]. L'inglese offre ancora un altro tipo di formazione, quella con folk- (folk-taxonomy), che ha però lo svantaggio di non essere atrettanto facilmente esportabile quanto il suo concorrente grecizzante.
Il termine con etno- copre però due cose distinte, nella letteratura: etnobotanica può significare:
a) una vera botanica scientifica, ma ritagliata sull'habitat, uso ecc. di una specifica etnia;
b) la scienza botanica posseduta da una specifica etnia.
Nel primo caso, il ricercatore è soprattutto un naturalista, che compie il suo lavoro consueto, anche se con una particolare attenzione alle denominazioni locali ecc.; nel secondo il ricercatore è piuttosto un antropologo conoscitivo, che studia come venga categorizzato il mondo naturale da una data etnia; dei dati naturalistici egli si servirà soprattutto per ancorare le classificazioni così individuate a referenti reperibili e riconoscibili anche per chi è esterno alla cultura studiata. [...]
Gran parte dell'analisi etnoscientifica si basa sull'analisi di enunciati della lingua del gruppo [...] " (Cardona 1995, 15 s.; gras par TK)  

L'etnoscienza ainsi ébauchée est désignée aussi comme cultural anthropology dans la tradition des États-Unis d'Amérique. De plus, dans les pays germanophones, on distingue la Volkskunde pour l'exploration de culture(s) indigène(s) de la Völkerkunde pour l'exploration de cultures étrangères, spécialement non-européennes. Actuellement, on parle au lieu de cela le plus souvent d'Ethnologie (fra. ethnologie), comprenant le domaine spécial de l'ethnologie européenne (au sens de Volkskunde). C'est pourquoi la désignation ethnolinguistique n'est pas claire, étant souvent limitée à l'exploration linguistique de cultures non européennes (cf. Senft 2003) même si elle ne devrait pas exclure les européennes; une séparation catégorique se révélant de toutes façons de plus en plus vaine face aux flux migratoires massifs et vastes.

Un flou dans le passage cité de Cardona doit encore être résolu; il concerne le 'préfixoide' ethno- qui est d'un côté synonyme de l'anglais folk et de l'autre est utilisé en faisant référence à etnia. Par folk (eng. folk-taxonomy etc.) on renvoie à des savoirs et conventions relatifs à la culture du quotidien des non spécialistes ou bien non scientifiques et c'est à ce sens qu'ethnie (ou bien ethno-) aussi devrait faire référence à des communautés de culture de vie quotidienne, sans pourtant impliquer des idées idéalisées d'homogénéité, archaïcité, fermeture sociale etc.. La distinction de Cardona (a vs. b) renvoie de plus à deux perspectives de recherche complémentaires au sein des sciences sociales et culturelles.

En résumé, on peut désigner la recherche dialectologique selon Cardona (aussi à posteriori) comme 'ethnolinguistique' si elle relève et analyse ses données linguistiques en rapport étroit à la vie quotidienne des locuteurs. Dans la tradition de la linguistique romane, cette orientation a été établie de façon prototypique par le Sprach- und Sachatlas Italiens und der Südschweiz (AIS); elle marque sans doute la plus grande différence et le plus grand progrès à l'égard de l'ALF, comme Karl Jaberg le fait observer avec une certaine emphase. Le passage instructif relatif à l'histoire de la discipline mérite d'être mis en valeur, il montre comment les auteurs de l'AIS eux-mêmes se positionnaient:

"L'importance des «choses» n'a pas échappé à l'esprit de Gilliéron [...] Que Gilliéron ait complètement négligé ce point de vue dans la conception de l'Atlas et qu'il n'en ait tenu compte qu'en passant dans ses autres publications, c'est un fait d'autant plus étrange qu'il connaissait fort bien les «choses» et s'y intéressait passionnément. A-t-il approuvé l'enseignement que Ferdinand de Saussure a tiré de ses incursions dans les domaines limitrophes de notre science, à savoir que la «linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même», principe qui, malgré l'admiration que j'ai pour le grand savant genevois, m'a toujours semblé singulièrement rétrécir le champ d'action du linguiste." (Jaberg 1936, 27 s.)

Jaberg attire explicitement et à juste titre l'attention sur le fait que justement sur ce point précis le structuralisme saussurien garde les idées des néogrammairiens. Du point de vue de la géo-linguistique contemporaine la tentative de regarder la langue comme un 'module' pouvant être isolé n'était donc absolument pas perçue comme un paradigme nouveau, mais tout simplement comme traditionaliste:

"La conception du Petit Atlas phonétique du Valais roman [également de Gilliéron; TK] et celle de l'Atlas linguistique de la France remontent à une époque qui était encore sous l'empire des néogrammairiens, et on sait ce que les néogrammairiens doivent aux sciences naturelles. Ce n'est certes pas un hasard que le Cours de linguistique générale s'en ressente également. M. Jud et moi, nous avions pas ces attaches avec les néogrammairiens, Gilliéron lui-même nous avait aidés à les rompre. Nous étions en revanche fortement impressionnés par les brillants articles de Meringer et de Schuchardt. La réalité des choses était autour de nous. Nous avions nous-mêmes parcouru les pays romans ; nous avions recueilli sur le terrain des observations ethnographiques et folkloriques. Comment en rester aux mots ? Tout en sauvegardant le caractère essentiellement linguistique de notre ouvrage, nous croyions devoir fournir à l'historien des mots les données nécessaires pour se faire une idée des choses, afin qu'il ne bâtisse pas dans le vide." (Jaberg 1936, 28).
 

L'étude de Hugo Plomteux 1980 sur la Cultura contadina in Liguria, née de l'observation participative, est innovatrice pour la tradition ethnolinguistiquement orientée de la dialectologie italienne. Une région ethnolinguistiquement très bien analysée – en comparaison avec les autres, peut-être même la région la mieux analysée – est la Sicile. Ce sont surtout Fanciullo 1983 et plusieurs études importantes qui ont été faites dans le cadre de l'Atlante linguistico della Sicilia qui doivent être mentionnés à cette occasion. Les œuvres suivantes offrent des renseignements sur les techniques et traditions culturelles chaque fois étudiées: Bonanzinga/Giallombardo 2011, Matranga 2011, Sottile 2002 et Castiglione 1999.

(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

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Géoréférencement

Le géoréférencement selon les degrés de latitude et de longitude est un critère de classement essentiel pour la gestion des données de VerbaAlpina. La précision de ce référencement varie selon le type de données; on aspire un référencement le plus exact possible, au mètre près. Dans le cas des données linguistiques issues des atlas et des dictionnaires, c'est seulement un référencement approximatif conformément à un toponyme qui est en règle générale possible. Dans le cas de données archéologiques par contre, un géoréférencement au mètre près est possible. On peut sauvegarder des points, des lignes (comme des rues, des rivières) et des surfaces. Sous l'angle technique, le format WKT (https://en.wikipedia.org/wiki/Well-known_text) est principalement utilisé, celui-ci est transféré à un format MySQL spécifique dans la base de données VA par la fonction geomfromtext() (https://dev.mysql.com/doc/refman/5.7/en/gis-wkt-functions.html et est ainsi sauvegardé. La sortie au format WKT se produit par la fonction MySQL astext().
La grille de référence du géoréférencement est établie selon le réseau des communes de la région alpine, qui peuvent être sorties ou comme surfaces ou comme points, suivant les besoins. Les tracés des frontières de commune de 2014 que VerbaAlpina a reçus de son partenaire "Conférence Alpine" en forment la base. Une actualisation permanente de ces données est superflue, même si elles changent selon les réformes administratives, car il s'agit dans la perspective de VerbaAlpina seulement d'un cadre de référence géographique. La représentation en point des communes est calculée selon les frontières communales de façon algorithmique, elle est donc secondaire, ne marquant pas nécessairement le centre bourg.



(auct. Thomas Krefeld | Stephan Lücke – trad. Susanne Oberholzer)

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Horizon épistémique

Ce portail informe de trois dimensions différentes:

(1) de la realité extralinguistique ('choses'),
(2) de concepts, ou: de catégories onomasiologiques qui ne sont pas liées à des langues ou dialectes particuliers,
(3) d'expressions linguistiques des langues et des dialectes enquêtés.

Le traitement séparé de (2) et (3) est fondamental parce que les concepts pertinents ne sont pas toujours documentés dans toute la région de l'enquête par des termes spécifiques (ils ne sont donc pas tous lexicalisés). Ainsi dans une grande partie de la région bavaroise il n'y a pas de mot pour le fromage produit à partir de petit-lait (cf. (alémanique) Ziger, ita. ricotta, fra. sérac), tandis que pour la masse de fromage fraîche pas encore modelée (bar. Topfen, alld. Quark), il manque souvent un terme dans les dialectes romans y compris en italien standard. La relation entre (1) d'un côté et (2) et (3) de l'autre côté est parfois plus problématique que cela semble à première vue: ainsi, on est confronté quelquefois à des expressions de statut sémiotique ambigu, parce qu'il ne ressort pas des données s'il s'agit de désignations de concepts ou plutôt de noms de choses; c'est le cas par ex. si un locuteur appelle un certain alpage, par exemple cet alpage-là qu'il utilise lui-même, avec un nom générique comme munt, littéralement 'montagne', ou pastüra 'pâturage'.


(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

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Images



(auct. Thomas Krefeld | Stephan Lücke)

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Photographies

La médiathèque de VerbaAlpina contient une collection riche et variée de photographies géoréférencées, s'accroîssant continuellement. Ces photographies ont deux fonctions : d'une part, elles renvoient à des référents concrets avec toutes leurs particularités idiosyncratiques, très prononcées surtout concernant les bâtiments. D'autre part, les photographies doivent illustrer un concept d'une manière la plus parlante possible et devenir ainsi une base d'enquête cherchant d'autres désignations pour le concept. L'objectif de cette fonction n'est donc pas celle de reconnaître le référent spécifique, par exemple un chalet particulier. Cela serait même plutôt gênant car dans ce cas les informateurs ont tendance à indiquer le nom propre de l'alpage et pas les désignations du concept. Ce risque est pourtant calculable: un malentendu fondamental résulte en principe seulement de situations où les informateurs reconnaissent des personnes connues. Dans un tel cas, les caractéristiques individuelles catalysent toute l'attention de l'observateur à tel point que la personne représentée est appelée spontanément et involontairement par son nom ("mais c'est le Willi !") – et pas par la fonction qu’elle exerce sur la photographie (VACHER). A proprement parler, l'emploi de dessins idéalisés à la place de photographies d'objets concrets serait plus adéquat pour l'enquête de désignations. Cela échoue pourtant à cause de l'absence de modèles correspondants. Toutes les illustrations de référents sont associées aux catégories "concept" et "désignation" par la base de données.

(auct. Thomas Krefeld | Stephan Lücke – trad. Susanne Oberholzer)

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Profil de similarité ethnolinguistique

Du point de vue ethnolinguistique de ce projet, les types de base fondent l'espace alpin plurilingue. Afin d'offrir une représentation synthétique, deux fonctions de cartographie quantitative différentes sont prévues :
  1. Tout d'abord viser le lexique alpin, dont l'ensemble forme pour ainsi dire un type idéal fictif duquel les dialectes locaux se rapprochent plus ou moins. La cartographie, d'une similarité graduelle, inspirée par la représentation du champ gradient de la gasconité à l'ALG 6 y correspond.
  2. Puis cartographier (selon le modèle de l'ASD) la similarité relative de tous les lieux d'enquête, en comparant et en visualisant les types de base en commun d'un lieu d'enquête x et de n'importe quel autre lieu pris comme point de référence.


(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

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Région étudiée

"Une histoire globale et cohérente des Alpes n'est pas encore réalisable à l'heure actuelle" (http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8569.php), ce sont plutôt des définitions différentes, "naturräumliche" (géophysiques) et "wirtschaftlich-politische"(politico-économiques cf. Bätzing 1997, 23 s.) qui sont en concurrence. Dans le sens d'une délimitation transparente et pragmatique, la région étudiée de ce projet correspond au domaine d'application clairement défini de la Convention alpine; on en a accepté les "Inkonsistenzen zwischen den Mitgliedstaaten" (traduction: les inconsistances entre les États membres, cf. Bätzing 1997, 31). Ces inconsistances concernent les Préalpes bavaroises (incluses), les grandes zones touchant les Alpes comme l'Emmental ou l'Oberland zurichois, (Bätzing 1997, 32), exclues) ainsi que le traitement de quelques villes importantes en périphérie des Alpes: Lucerne et Salzbourg sont incluses, par contre Graz et Biella sont exclues. Le périmètre de la Convention alpine peut être téléchargé ici. Le but d'origine du projet est pourtant de recenser les Alpes dans ce cadre formellement fixé comme espace linguistique-culturel et de représenter la similarité des lieux qui en font partie.

(auct. Thomas Krefeld – trad. Susanne Oberholzer)

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Tabula Peutingeriana

La Tabula Peutingeriana ou table de Peutinger (T.P.) est une carte géographique datant probablement du XIIième ou du XIIIième siècle représentant toutes les villes et voies de communication importantes de l'Empire romain. Elle se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne (Codex Vindobonensis 324). Il s'agit d'une bande de parchemin composée de plusieurs pièces détachées, sa longueur totale étant de près de sept mètres et sa largeur d'un peu plus de trente centimètres (dimensions exactes: 6,8m x 0,33m).




Extrait de la Tabula Peutingeriana (au centre on voit les Pouilles et la Calabre, entre les deux le golfe de Tarente, au-dessous de la Calabre se trouve la Sicile)

Dans l'est, le recouvrement de la carte dépasse les limites de l'Empire romain touchant à la côte orientale des Indes, cependant le réseau des villes et des communications représenté y est beaucoup moins dense qu'à l'intérieur de l'Empire. Les parties représentant l'île Britannique principale, la péninsule Ibérique et la côte nord de l'Afrique à l'ouest d'Alger sont perdues (mais les villes correspondantes et le tracé des routes sont partiellement connus grâce à l'Itinéraire d'Antonin datant du troisième siècle, ce dernier n’étant toutefois pas une représentation cartographique mais une simple nomenclature inventoriant routes et distances (texte orginal latin). La T.P., quant à elle, n'est pas comparable aux cartes géograhiques modernes puisque ni les dimensions ni les angles sont à l'échelle. Dans le cas des côtes les représentations sont néanmoins assez réalistes, le tracé du Mezzogiorno n'étant qu'un exemple: on reconnait parfaitement le talon et la pointe de la botte italienne ainsi que le golfe de Tarente séparant ces derniers. Outre des terres et des mers, la T.P. contient également des fleuves et des chaînes montagneuses. Les informations explicites retenues sur la carte se limitent à la localisation approximative des villes et leur dénomination tout en indiquant les voies de transport principales reliant ces dernières (les voies maritimes ne sont pas représentées). C'est en fonction de l'envergure et l'importance d'une ville donnée que se présente son balisage sur la carte, les villes relativement importantes étant différenciées des autres par des bâtiments schématiques plus ou moins grands, alors que les lieux moins importants sont marqués par un coude dans le tracé de la route. Dans la plupart des cas la distance entre deux villes est indiquée en milles romains, mais les informations fournies par la carte ne sont pas toujours consistantes: d'une part on y trouve la cité de Pompéi, détruite en 79, et d'autre part le nom de Constantinopolis qui ne fut attribué à la ville de Byzantion qu'en 337, incohérence qui pourrait corroborer la thèse que la T.P. est, en effet, basé sur plusieurs sources différentes de manière directe ou indirecte.

Les opinions à propos des sources antiques employées lors de la création de la T.P. diffèrent. Il se pose notamment la question de savoir s'il existait déjá une représentation cartographique comparable dès l'Antiquité ayant servi de modèle pour la T.P. Cette question touche aussi à une problématique plus générale, à savoir le fait qu'on ignore si dans l'Antiquité il existait de véritables «cartes géographiques» dans le sens moderne. Un certain nombre de plans urbains et cadastraux ont été conservés, la Forma Urbis – un plan de Rome dressé sous l'empereur Septime Sévère (Septimius Severus) au début du troisième siècle – en étant un échantillon représentatif. Ce dernier comprenait de nombreux plans de bâtiments et se présentait sous forme d'un ensemble de 150 plaques de marbre recouvrant les parois à l'intérieur du Forum de la Paix à Rome, de nombreux fragments en étant préservés. Un autre exemple «cartographique» de l'Antiquité se présente dans les plans cadastraux d'Orange: il s'agit d'un ensemble de trois plans différents datant du dernier quart du premier siècle (Vespasien) représentant la division des terres en Provence autour de la colonie d'Arausion (Orange) dont des fragments ont été conservés jusqu'à nos jours (Musée d'Art et d'Histoire Orange).

Dans les deux cas de la Forma Urbis et des plans catastraux on a affaire à des représentations cartographiques d'«établissements humains» locaux dans uns sens large. Il n'y pas d'œuvres cartographiques antiques conservées représentant des dimensions plus larges et plus particulièrement la situation relative de ces établissements entre eux. Si les messages littéraires qui nous sont parvenus de l'Antiquité contiennent des indices possibles en faveur de l'existence d'œuvres cartographiques, il restent controversés dans la plupart des cas. D'habitude, le voyageur de l'Antiquité avait recours à un itinéraire (itinerarium) pour s'orienter, c'est-à-dire d'une liste contenant les noms des villes le long du trajet entre un point A et un point B tout en indiquant les distances entre les différentes étapes. Pour l'essentiel, ces informations correspondent à celles rendues par la T.P. ce qui pourrait signifier que la T.P. est en effet une œuvre purement médiévale visualisant l'un ou plusieurs des itinéraires antiques.




Transcription d'un itinéraire qui se trouve sur un gobelet d'argent (d'un ensemble de quatre exemplaires quasiment identiques) découvert près de Vicarello en Italie, décrivant le trajet de Gades/Cadix à Rome (Itinerarium Gaditanum)

VerbaAlpina s'intéresse d'abord à l'inventaire toponymique transmis par la T.P., très utile, notamment, pour mieux connaître le contexte historique dans le domaine des subtrats linguistiques (v. p.ex. T. Krefeld, Wortgeschichte und Toponymie: zur Familie von ‚Salles‘, ‚Sala‘ und Verwandtem, In: VerbaAlpina 18/1, https://www.verba-alpina.gwi.uni-muenchen.de/?p=2064&db=181). Les routes employées par les Romains pour traverser les Alpes étant représentées sur la T.P. cette derniére permet en plus d'éclaircir les voies possibles de la diffusion de certains phénomènes linguistiques.

Les routes alpines cartographiées sur la T.P. sont nettement celles qui s'employaient d'habitude pour taverser les Alpes; ce qu'on n'y trouve pas sont des voies de communication intra-alpines, transversales, pour ainsi dire, par rapport aux grands axes de transite, reliant des vallées entre elles. Le réseau routier rendu par la T.P. peut etre divisé en une partie ouest et une partie est. Les routes au sud du lac Léman relient surtout l'Italie avec les provinces gauloises dont surtout la Gallia Narbonensis. Dans la partie est, les routes vont d'Italie aux provinces Raetia et Noricum. Parmi les routes de la partie ouest se trouve l‘une des routes alpines romaines les plus anciennes, la Via Domitia, construite entre 122 et 118 av. J.-C. par le proconsul Gnaeus Domitius Ahenobarbus pour assurer la desserte de la province alors récente de Gallia Transalpina (plus tard Narbonensis). Cette route partait de la plaine du Pô en traversant le Val de Suse (Segusio) et le col de Montgenèvre (1850 m) pour arriver à Briançon, puis à Gap et finalement à Narbonne (Narbo). Ce n'est que cent ans après la construction de la Via Domitia qu'Auguste mit en place la Via Iulia Augusta franchissant les Alpes tout près de la mer et atteignant un hauteur au-dessus de la mer maximale de 512 m, au même endroit où se trouve le Tropaeum Alpium. À part ces deux routes aux noms glorieux il y en a plusieurs sans nom dans la partie ouest de la T.P. qui ont dû être tout aussi importantes et fréquentées. L'une d'entre elles commençait dans la vallée d'Aoste et aboutissait au lac Léman après avoir franchi le col du Grand-Saint-Bernard (2469 m) et d'être descendu dans le Valais; du lac Léman, elle continuait en traversant le col du Petit-Saint-Bernard (2188 m) vers Vienne (vallée du Rhône), en passant par Albertville et Chambéry, alors que des bifurcations de la Via Domitia menaient vers Vienne et Valence. On se rend compte que dans les Alpes occidentales les distances indiquées par la T.P. entre deux lieux étape sont bien plus courtes que dans le cas du réseau routier des Alpes orientales.

Dans les Alpes orientales, la T.P. trace pour l'essentiel quatre passages de l'Italie vers la Rhétie et Noricum. La route la plus occidentale est celle reliant Milan (Mediolanum) avec Brégence (Brigantum) et Augsbourg (Augusta Vindelicum): elle menait de Côme via Chiavenna et le col du Splügen (2114 m) à Coire (Curia), continuant ensuite dans la vallée du Rhône jusqu'au lac de Constance. Plus loin à l'est on trouve le tracé de la Via Raetia qui reliait Vérone avec Augsbourg via le col du Brenner; son tronçon sud, entre Vérone et Bolzano (Pontedrusi), suivait le tracé de la Via Claudia Augusta, déjà construite sous Auguste et aménagée plus tard par l'empereur Claude. Mais à la différence de cette dernière, menant de Bolzano à Augsbourg via le Val Venosta, le col de Resia (1504 m) et le col de Fern (1216 m), la Via Raetia remontait le long de l'Isarco jusqu'au col du Brenner (1370 m) et continuait en passant par Partenkirchen et le col de Seefeld (1185 m) pour aboutir à Augsbourg. La Via Raetia avait été mise en place par l'empereur Septime Sévère (193-211) et offrait un raccorci entre Vérone et Augsbourg réduisant la distance d'environ 70 km. Parmi les obstacles qui compliquaient l'aménagement il y eut notamment la vallée de l'Isarco entre Bolzano et Chiusa (Sublabione) ainsi que la (gorge) Stillschlucht non loin d'Innsbruck. Encore plus loin à l'est la T.P. indique une route reliant Virunum (ajourd'hui Maria Saal), situé au nord de Klagenfurt, avec Salzbourg (Iuvavo) en passant par le (col) Radstädter Tauernpass (1738 m) ainsi qu'avec Liezen (Stiriate) via les Triebener Tauern (1274 m), tout en continuant vers Wels (Ovilia = Colonia Aurelia Antoniana Ovilabis).

Il faut noter que la T.P. ne rend pas l'intégralité du réseau routier régional fréquenté à l'époque antique romaine. En guise d'exemple, citons la voie romaine qui reliait l'Engadine supérieure avec Coire via la vallée du Rhin.

Peu nombreuses parmi les villes alpines répertoriées par la T.P. sont celles marquées par une balise en forme de maison indiquant leur importance exceptionnelle. À l'intérieur du périmètre défini par la Convention alpine ce sont: Riez (Reis Apollinaris = Colonia Iulia Augusta Apollinarium Reiorum) et Aoste (Augusta Pretoria = Colonia Augusta Praetoria pour les Alpes occidentales et Brégence (Brigantio), Trente/Trento (Tredente), Maria Saal (Viruno = [[Claudium Virunum|https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Virunum&oldid=151026358], construite comme capitale de la province de Norique pour succéder à la capitale antérieure située sur le Magdalensberg) et Salzbourg (Iuvavo = Iuvavum) pour les Alpes orientales.

La présentation des données de la T.P. repose sur les travaux préalables de René Voorburg (https://omnesviae.org/), l'utilisation de ces derniers étant expressément autorisée par l'auteur à qui nous adressons nos sincères remerciements.

Bibl.: Brodersen 1995, S. 186f. (T.P. als "Umsetzung von Itinerar-Texten in eine Graphik"); Fellmeth, Ulrich, “Tabula Peutingeriana”, in: Der Neue Pauly, Herausgegeben von: Hubert Cancik, Helmuth Schneider (Antike), Manfred Landfester (Rezeptions- und Wissenschaftsgeschichte). Consulted online on 27 November 2018 http://dx.doi.org.emedien.ub.uni-muenchen.de/10.1163/1574-9347_dnp_e1128120> First published online: 2006; Rathmann 2016. -
http://www.cambridge.org/us/talbert/talbertdatabase/prm.html


(auct. Stephan Lücke – trad. Sonja Schwedler-Stängl)

Tags: Contexte extralinguistique



Tropaeum Alpium

Le Tropaeum Alpium (Trophée des Alpes, https://www.wikidata.org/wiki/Q747588; v. H. Philipp, RE 7A,1 [1939] (Realencyclopädie der classischen
Altertumswissenschaft), col. 661s., s.v. Tropaea Augusti; E. Meyer, RE suppl. 11 [1968], col. 1269, s.v. Tropaeum Alpium) est un monument commémorant la victoire des romains contre les tribus barbares habitant les Alpes (campagne de Tibère [l'empereur ultérieur] et de Drusus [son frère cadet] en 15 av. J.-C. ;sources principales: Cassius Dio 54, 22 et Strabon 4, 6, 6–9; 7, 1, 5) créé peu après l'an 6/7 av. J.-C. sur décision du sénat et du peuple en l'honneur de l'empereur Auguste (selon l'inscription la décision fut prise en l'an 17 de sa tribunicia potestas (puissance tribunitienne), c'est-à-dire entre le 26.6.7 et le 25.6.6. av. J.-C.). Les ruines de ce monument d'une hauteur originale de cinquante mètres se trouvent à La Turbie (Alpes-Maritimes) située au Col d'Èze (512 mètres au-dessus de la mer), trônant au-dessus de la ville de Monaco Märtin 2017, S. 119).




Le Tropaeum Alpium, reconstitué au Musée de La Turbie. Le piédestal contient l'inscription discutée ci-dessous.
(photagraphié par Matthias Holländer – copyrighted free use, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37407992)

Pour VerbaAlpina, un intérêt particulier réside dans l'inscription gigantesque (ca. 20 m x 4 m) qui se trouve sur ce monument (CIL V 7817 = EDCS-05401067; Foto) citant les noms de toutes les tribus vaincues à cette époque-lá. L'inscription n'étant conservée qu'en partie et ce qui en reste se présentant sous forme d'à peu près 170 fragments éclatés , l'intégralité du texte a cependant été transmis par l'écrivain romain Pline l'Ancien (Plin. NH 3, 136f.) dans son œuvre Naturalis Historia, permettant ainsi aux scientifiques de reconstituer cette inscription fragmentée.




L'inscription – reconstituée en grande partie – sur le piéestal de la Trophée des Alpes.
(photographie: Stefano Costa https://www.flickr.com/photos/47912543@N00/11358571655/in/pool-1876758@N22, licence: https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/)

On observe jusque dans les toponymes alpines de nos jours des reflets des noms de tribus mentionnés dans cette inscription, ce qui dans certains cas permet une localisation assez fiable des zones d'établissement de ces dernières. D'un point de vue linguistique, il peut en découler des informations importantes pour la science notamment dans le domaine des substrats linguistiques (cf. Krefeld, Thomas [2018]: Geschichte des romanisch-germanischen Sprachkontakts. Cours magistral disponible sur le portail des humanités numériques "DH-Lehre", version 8 [27.08.2018, 17:03]. https://www.dh-lehre.gwi.uni-muenchen.de/?p=53255&lv=8&v=8#p:5).

Voici le passage chez Pline citant le texte de l'inscription (Plin. ibid.; dissolution des abréviations entre paranthéses et numérotage après les noms de tribus par nos soins; sont soulignées les (séries de) lettres n'apparaissant que dans l'inscription sur le Tropaeum Alpium; les alinéas sont marqués par des traits verticaux):

(136) Non alienum videtur hoc loco subicere inscriptionem e tropaeo Alpium, quae talis est:

IMP(eratori) · CAESARI DIVI FILIO AVG(usto) | · PONT(ifici) · MAX(imo) · IMP(eratori) · XIIII · TR(ribunicia) · POT(estate) · XVII | · S(enatus) · P(opulus) · Q(ue) · R(omanus) |· QVOD EIVS DVCTV AVSPICIISQVE GENTES ALPINAE OMNES QVAE A MARI SVPERO AD INFERVM PERTINEBANT SVB IMPERIVM P(opuli) · R(omani) · SVNT REDACTAE · | GENTES ALPINAE DEVICTAE TRVMPILINI (1)· CAMVNNI (2) · VENOSTES (3)· VENNONETES (4)· ISARCI (5)· BREVNI (6)· GENAVNES (7)· FOCVNATES (8) · | VINDELICORVM GENTES QVATTVOR (9)· COSVANETES (10)· RVCINATES (11)· LICATES (12)· CATENATES (13)· AMBISONTES (14)· RVGVSCI (15)· SVANETES (16)· CALVCONES (17) · | BRIXENETES (18)· LEPONTI (19)· VBERI (20)· NANTVATES (21)· SEDVNI (22)· VARAGRI (23)· SALASSI (24)· ACITAVONES (25)· MEDVLLI (26)· VCENNI (27)· CATVRIGES (28)· BRIGIANI (29)· | SOGIONTI (30)· BRODIONTI (31)· NEMALONI (32)· EDENATES (33)· VESVBIANI (34)· VEAMINI (35)· GALLITAE (36)· TRIVLLATI (37)· ECDINI (38)· | VERGVNNI (39)· EGVI (40)· TVRI (41)· NEMATVRI (42)· ORATELLI (43)· NERVSI (44)· VELAVNI (45)· SVETRI (46).

(138) Non sunt adiectae Cottianae civitates XV, quae non fuerant hostiles, item adtributae municipiis lege Pompeia.

(ed. C. Mayhoff, Stuttgart [Teubner] 1906; texte de l'édition Loeb [accès restraint])


Traduction:

Il ne semble pas déplacé d'introduire ici l'inscription du Tropaeum Alpium se lisant comme suit:
À Imperator César Auguste, fils du dieu (César), grand pontife, imperator à XIV reprises, investi de la puissance tribunitienne pour la XVIIe fois, le Sénat et le Peuple de Rome (ont érigé ce monument) parce que, sous ses ordres et sous ses auspices, tous les peuples alpins qui s'étendaient de la mer Supérieure jusqu'à la mer Inférieure ont été rangés sous la puissance du Peuple romain. Peuples alpins vaincus : [liste des noms].
Ne sont pas inclus les quinze communes des Cottiens qui n'étaient pas hostiles et avaient (déjà) été ajoutées aux municipes par la Lex Pompeia.
(trad. allemande par Stephan Lücke, source pour la trad. française: Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Troph%C3%A9e_des_Alpes&oldid=163483737)


On peut supposer que c'est dans le manuscrit original aux archives de Rome plutôt que sur le le monument lui-même que Pline a lu l'inscription; les divergences entre le texte de l'inscription et celui transmis par Pline notamment n'en sont qu'un indice parmi d'autres.

«Mare superum» désigne l'Adriatique, «mare inferum» correspond à la mer Thyrrénienne (v. Georges, s.v. mare; cf. aussi la formulation de Pline [NH 3, 133]: verso deinde in Italiam pectore Alpium iuris Euganeae gentes, quarum oppida XXXIIII enumerat Cato. L'image métaphorique de la «poitrine des Alpes» [au niveau des Monts Euganéens, donc approximativement dans la région actuelle de la Vénétie/Frioul] est plausible quand on se représente les Alpes comme un géant couché sur le côté dont la tête tournée vers le Sud s'adosserait à la mer «supérieure». Dans ce sens-là, le Tropaeum Alpium se trouve au «pied» des Alpes ce qui donne au nom de la région du Piémont une connotation nouvelle [nous remercions Thomas Krefeld pour cette remarque] et sans doute peu remarquée jusque là; il faut néanmoins concéder que la dénomination «Piemonte» comme nom de la région d'aujourd'hui était encore inconnue dans l'Antiquité et durant le Moyen Âge Treccani s.v. Piemonte), c'est-à-dire que des tribus de pratiquement tout l'arc alpin avaient été soumises par les romains. Fait exception par contre la région à l'est du col du Brenner, le «Caput Alpium» selon la métaphore de Pline, soumis par Publius Silius Nerva un an avant la campagne de Tibère et de Drusus, Norique ayant particulièrement peu résisté (v. Junkelmann, Die Legionen des Augustus, 1986, p. 63 et 70 [non vidi]; pour la soumission sans résistance de Norique cf. Karl-Wilhelm Welwei, Römische Weltherrschaftsideologie und augusteische Germanienpolitik, Gymnasium 93, 1986, p. 118–138 [non vidi]).

Parmi les tribus citées dans l'inscription certaines se retrouvent dans les sources littéraires de l'antiquité ce qui permet parfois leur localisation. Le numéros accompagnant les noms ci-dessous indiquent leur position dans l'inscription. Selon Pline les Trumpilini (1) et les Camunni (2) sont des tribus appartenant au peuple des Euganéens (NH 3, 134). Pline mentionne (ibid.) que les Lépontiens – dont certains avaient déduit le nom du mot grec pour QUITTER, ABANDONNER (λείπω) parce qu'ils seraient restés derrière lors de la traversée des Alpes faisant partie du cortège d'Héraclès à cause du froid qui leur gelait les membres – s'étaient établi près de la source du Rhône. Les Ubères (20) (VIBERI dans l'inscription) sont décrits par Pline comme une partie, donc problablement une tribu, des Lépontiens ce qui identifie ces derniers comme un peuple alors que dans l'inscription du Tropaeum Alpium ils sont appelés gens. C'est un fait remarquable que les deux groupes, Lépontiens et Ubères occupaient apparemment des zones adjacentes et que l'inscription du Tropaem Alpium les cite consécutivement, l'ordre dans l'inscription reflétant donc une logique géographique (v. ci-dessous). À 3,135, Pline parle aussi des Vennonenses, une tribu qu'il compte parmi les peuples Rhétiens, tout comme les Sarunetes installés près de la source du Rhin. Comme on verra ci-dessous il est cependant peu probable qu'il s'agisse des Vennonetes de l'inscription (4). Les Turi enfin, également cités dans l'inscription, sont une tribu appartenant aux Ligures selon Pline (NH 3,135) vivant donc quelque part dans la région des Alpes-Maritimes déjà à cette époque-là.

Outre les informations trouvées dans les sources antiques des indices provenant de la toponymie moderne nous aident à cerner les territoires des gentes mentionnées . Il y a un rapport entre le nom des Trumpilini (1), rangé par Pline parmi les tribus des Euganéens et conservé encore dans le nom des Colli Euganei à l'ouest de Padoue, et le nom du Val Trompia à l'ouest du lac de Garde (v. Thomas Krefeld). Au nord de cette dernière ce trouve le Val Camonica dont le nom provient sans doute des Camunni (2). Plus loin au nord se trouve le Val Venosta (allem. Vinschgau) dont le nom est évidemment associé au Venostes (3). Le nom des Isarci (5) en revanche évoque l'Isarco, affluent de l'Adige naissant au col du Brenner. Ce dernier, finalement, doit probablement son nom aux Breuni (6).

Les Vindelici (9) sont bien connus par leur nom latin de la ville d'Augsbourg: Augusta Vindelic(or)um. S'agissant d'habitants de la région alpine leur territoire a dû se trouver à la limite nord de Alpes et juste au sud de la ville D'Augsbourg. Une question controversé concerne la citation des VINDELICORVM GENTES QVATTVOR qui pourrait ou non être perçue comme titre catégorisant ainsi les quatre gentes mentionnées après comme des Vendéliques. Un argument en faveur de cette vu résulte du fait que pour l'une d'entre ces gentes subséquentes, à savoir les Licates (12), était incontestablement considérée comme vendélique (Strab. 4,6,8: ἰταμώτατοι δὲ τῶν μὲν Οὐινδολικῶν ἐξητάζοντο Λικάττιοι καὶ Κλαυτηνάτιοι καὶ Οὐέννωνες, τῶν δὲ Ῥαιτῶν Ῥουκάντιοι καὶ Κωτουάντιοι [ed. Loeb [accès restraint]). Ils étaient installés très probablement dans la vallée du Lech (lat. Licca), c'est-à-dire dans une zone typiquement habitées par les Vendéliques. Suivant cette logique-là, Cosuanetes (10), Rucinates (11) et Catenates (13) étaient également des Vendéliques, ce qui suggère qu'ils occupaient la région de la vallée du Lech et ses alentours (cependant une localisation certaine ne semble pas encore possible). Autre auppui de la thèse identifiant le passage VINDELICORVM GENTES QVATTVOR comme titre: le caractère introductoire que suggère la mention GENTES ALPINAE DEVICTAE analogique figurant en tête de la liste des noms. S'y ajoute le fait que VINDELICORVM GENTES QVATTVOR de même que GENTES ALPINAE DEVICTAE sont placés en début de ligne dans l'inscription.

Brixenetes (18) est une autre appellation des Briganti auquels la ville de Brégence doit son nom (HLS, s.v. Brigantii; nous remercions Thomas Krefeld pour cette information). Thomas Krefeld a.a.O rattache le nom de la Vallée Lévantine au nom des Leponti ce qui s'accorde très bien avec le message de Pline prècisant que ces derniers vivaient près de la source du Rhône. Le nom des Caturiges (28) enfin est reconnu par T. Krefeld dans le nom de la commune française Chorges, située près de Gap.

La mention d'un certain nombre d'autres gentes dans l'inscription permet une localisation géo-réferenciée, du moins approximativement, de leur habitat; une opération dans laquelle on risque, il faut le dire, de tomber dans le piège d'un argument circulaire. En marquant ces localisations approximatives sur une carte et en basculant celle-ci de 90° vers l'ouest, on se rend compte de la logique implicite de l'inscription (les chiffres se réfèrent à nouveau à l'ordre des mentions dans l'inscription. Les chiffres en turquoise marquent les tribus dont la localisation est basée uniquement sur la logique géographique de l'inscription; les localisations données ne se veulent pas absolues vu leur statut encore très vague):




localsation approximative des tribus alpines sur une carte basculée de 90°
(base cartopgaphique: Google Earth; téléchargement du fichier kmz)

Les tribus soumises y sont représentées en commençant par la mer «supérieure» jusqu'à la mer «inférieure» en concordance parfaite avec l'inscription: GENTES ALPINAE OMNES QVAE A MARI SVPERO AD INFERVM PERTINEBANT. À l'endoit-même où les tribus mentionnées en dernier lieu avaient vécu on trouve le monument symbolisant la victoire en guise d'un point d'exclamation symbolique concluant cette liste de noms. Loin d'être aléatoire, l'emplacement du momumet était d'autant plus idéal qu'il se trouvait sur une route de transite (terrestre et maritime) importante très fréquentée (le momument est visible depuis la mer). Le Tropaeum Alpium se trouvait au point culminant de la Via Iulia Augusta, l'une des liaisons de transport les plus importantes, construite seulement quelques années avant la creátion du monument commémoratif (en l'an 13 av. J.-C. donc immédiatement après la conclusion victorieuse de la campagne de Drusus et de Tibère à la fin de l'été 15 av. J.-C.) par Auguste pour relier l'Italie avec la province Gallia Narbonensis.

Un fait déconcertant à première vue porte sur la mention de la tribu des Ambisontes (14) dont le territoire traditionnel se trouvait dans le bassin de Saalfelden et par conséquent en dehors de l'ordre consistent allant de l'est à l'ouest ou d'en haut vers le bas, respectivement. Apparemment cette localisation a son origine dans un passage dans les Geographica de Claude Ptolémée (2,13,2: Κατέχουσι δὲ τὰ μὲν δυσμικώτερα τῆς ἐπαρχίας ἀπὸ ἄρκτων ἀρχομένοις Σεούακες καὶ Ἀλαυνοὶ (Ἀλανοὶ) καὶ Ἀμβισόντιοι, τὰ δὲ ἀνατολικώτερα Νωρικοὶ καὶ Ἀμβίδραυοι καὶ Ἀμβίλικοι.). Il est quasiment sûr cependant qu'il s'agit d'une identification erronée (Theodor Mommsen, CIL III 2, p. 588 avait déjà soupçonnée que les Abisontes mentionnés chez Ptolémée ne sont pas identiques à ceux du Tropaeum Alpium). Compte tenu de la position 14 dans la liste du Tropaeum Alpium leur territoire se serait trouvé bien plus à l'ouest, possiblement dans le Bas Engadin ou dans la vallée de l'Inn autrichienne adjacente. Il s'y ajoute le fait que les Ambisontes cités par Ptolémée étaient une tribu appartenant aux Noriques desquelles nous savons qu'ils s'étaient soumis sans résister lors de la campagne de Publius Silius Nerva, un an avant la grande campagne alpine à laquelle se réfère l'inscription du Tropaeum Alpium. Aucune autre tribu des Noriques étant mentionnés dans l'inscription les Ambisontes seraient alors la seule tribu citée appartenant aux Noriques – une observation donnant lieu a des doutes. Un autre fait à mentionner: l'inscription du Tropaeum Alpium parle de «Ambisontes» alors que chez Ptolémée on trouve Ἀμβισόντιοι ce qui reviendrait à Ambisontii en latin. Les ressemblances de noms de tribus sont attestées pour tout l'espace alpin et au-delà (vgl. die Vennonenses et les Vennonetes [4]). D'après nos connaissances actuelles, parmi les tribus mentionnées dans l'inscription, les suivantes n'ont pas encore été localisées: Clucones (17), Acitavones (25), Sogionti (30), Brodionti (31), Nemaloni (32), Veamini (35), Gallitae (36), Ecdini (38), Egui (40), Nematuri (42), Oratelli (43), Nerusi (44), Velauni (45), Suetri (46). C'est grâce à la logique géographique présente dans l'inscription du Tropaeum Alpium qu'on peut se risquer à localiser ces tribus, ne serait-ce qu'à titre approximatif: la zone occupée par les Clucones (17) se trouvait quelque part dans les Grisons, plus précisément et avec une certaine probabilité dans la vallée du Rhin supérieure, dans la région de Coire; les Acitavones (25) étaient possiblement installés quelque part au sud du Mont Blanc, dans la vallée d'Aoste supérieure ou encore dans la vallée de l'Isère; Sogionti (30), Brodionti (31), Nemaloni (32) semblent avoir vécu dans la région au sud de Gap et encore plus au sud les autres tribus non localsiées jusqu'à présent.

Selon Pline l'inscription ne contient pas les noms des tribus ayant fait preuve d'une attitude proromaine durant la campagne. Y sont cités concrètement (mais non pas nommés individuellement) les quinze tribus des Cottii (v. Georges, s.v. cottius) dont les centres se trouvaient dans le val de Suse (Segusio) au sud-ouest de Turin (Märtin 2017, p. 108). Les noms de quatorze tribus des Cottii ont été transmis par une inscription (CIL CIL V 7231; entrée dans la base de donné Heidelberg) sur l' [[arc d'Auguste de Suse|https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Arc_d%27Auguste_(Suse)&oldid=139872338] (de l'an 9/8 av. J.-C.). Y sont mentionnés: Segovii, Segusini, Belaci, Caturigi, Medulli, Tebauii, Adanatii, Savincatii, Ecdinii, Veaminii, Venisami, Iemerii, Vesubianii, Quadiatii.

Dans le cas de la Lex Pompeia cité par Pline tout porte à croire qu'il s'agit de la loi connue comme Lex Pompeia de Transpadanis datant de l'an 89 av. J.-C. et introduite par Pompeius Strabo (le père de Pompée le Grand) (cf. E. Weiss, RE 12,2 [1925], col. 2403, s.v. Lex Pompeia [1]; G. Rotondi, Leges publicae populi Romani, 1912 [réimpression 1962] S. 342 [non vidi]). Cette loi règle l'attribution de la citoyenneté latine aux alliés au nord du fleuve Pô lors de la Guerre sociale (91-88) (cf. Luraschi, Giorgio [1980]. Sui destinatari della c.d. Lex Pompeia de Transpadanis. In: Atti del II seminario romanistico Gardesano, p. 267-292. Milano [non vidi]). Elle constitue un élagissement de la Lex Iulia de Civitate Latinis et Sociis Danda de l'an 90 et de la Lex Plautia Papiria de Civitate Sociis Danda (89 av. J.-C.) qui avaient accordé la citoyenneté latine aux tribus et peuples, respectivement, vivant au sud du Pô.

On observe dans l'inscription du Tropaeum Alpium une disctinction entre au moins deux status différents des noms cités. Dans la plupart des cas il s'agit de «gentes», c'est-à-dire de tribus. La mention «Vindelicorum gentes quattuor», en revenche, indique que «gentes» pouvait signifier en principe une division plus importante qui se traduirait par «peuple». Il est probable que parmi les civitates des Cottiens mentionnés par Pline étaient en fait eux aussi des «gentes». Les dénominations divergentes s'expliquent sans doute par le changement de status entraîné par l'attribution de la citoyenneté latine (civitas < civis !).

(auct. Stephan Lücke – trad. Sonja Schwedler-Stängl)

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